16 mars 2007
Ici ou ailleurs ..
Plus que deux semaines et demi avant les vacances d'automne, pour les filles et pour leur papa. J'ai hâte d'y être : à peine dans la rythme scolaire et nous sommes déjà fatigués. Pendant trois semaines P. a eu la visite d'un collégue venu d'Europe et - alors qu'ils ont été très contents de travailler ensemble - cela a signifié un effort supplémentaire pour tous, vue la courte durée de la visite.
Les nuits commencent à refroidir (bientôt ce sera le retour des nuits sous deux couettes) mais les journées sont encore superbes. A part l'orage avec vents à 120 km/h d'avant hier. Drôle d'orage par ailleurs, il a duré de 3h de l'après-midi à 8h du soir, et parfois le soleil brillait, alors que le vent soufflait à déraciner les arbustes.. Les filles ont accueilli avec joie le premier arc-en-ciel de l'automne. Fin de bulletin météo.
Au fait, je n'ai pas grande chose à dire, à part mes intérrogations quant au futur plus ou moins proche. D'une certaine facon je commence à me sentir en adéquation avec ce pays et avec le style de vie aucklandais. Un message, ce matin, de la part d'une cyberamie neuchâteloise, ex-expat (comme elle se définit), s'ést rajouté aux refléxions liées au retour au pays d'une autre grande amie, après cinq ans de vie américaine, pour me laisse songeuse.
Au bout de combien de temps on commence à prendre racine et ne plus envisager sérieusement de repartir ? Serait-il possible de se reintégrer en Europe, après avoir savouré la facon de faire kiwi, mélange de douceur insulaire et de manque de formalisme, typiquement anglo-saxonne ? Les filles parviendraient-elles à adopter des codes sociaux nouveaux en oubliant la spontanneité qui leur est permise ici (combien de fois elles ont oublié de mettre leurs sandalettes pour l'école, cet été... ?). Saurons-nous encore rentrer dans le moule européen (continental), ou l'intiative doit être accompagnée par mille politesses envers ses collégues afin de ne pas blesser personne ? Saurons-nous encore accepter les critiques non-constructives, faite sans humoiur et le regard dur? Le regard critique de l'autre qui se pose sur toi juste pour juger, pour classer, pour repertorier dans un insectaire?
Et puis, a-t-on vraiment envie de retourner dans un endroit ou, comme le racontait ce matin ma copine de Neuch, il y a de rixes et bagarres de rue en plein centre-ville, alors que nos souvenirs d'il y a moins de quatre ans sont ceux d'une ville on en peut plus tranquille (OK. d'accord, on habitait près de la gare et on entendait notre part de bagarres, même alors).
Ici, les crimes et les accidents font encore la une des journaux (à mon grand désespoir par ailleurs) et les rixes sont limitées à certains quartiers chauds.
Les problèmes y sont foule mais ne sautent pas à la figure de facon si évidente que dans nos anciens pays d'accueil européens.
L'école est loin d'être parfaite quant aux curriculum mais elle est très respectueuse de l'enfant et heureuse de faire en sorte que les parents participent à l'enseignement.
Le gouvernement fait bourde sur bourde sur le plan social et l'économie semble dirigée par une bande de chimpanzés (il y a qu'a regarder le taux d'emprunt bancaire, pour l'achat d'une maison, qui est regenté par la banque nationale et quo est repsonsable de la croissance catastrophale du prix de l'immobilier ; ou alors le manque de développement de l'infrastructure, alors que l'argent percu a travers toute sortes de taxes n'est pas dépensé) mais la croissance est là et le chômage est minimum.
Les hôpitaux ont de gros retards dans le traitement des pathologies jugées non-urgentes (ce qui est un scandale) et de terribles listes d'attentes pour les radiothérapies, mais l'accéss aux soins hospitaliers est gratuit pour tous les résidents.
Il y a peu de congés (les congés annules de 4 semaines deviendront obligatoires à partir d'avril) mais les kiwis sortent en ballade, picnic, randonnée, camping, participer à un championnat sportif, ou alors au surf, plage, ... quasiment chaque fin de semaine.
Il n'y a pas de cuisine de haut niveau mais tout le monde est heureux de se retrouver autour d'un barbecue au jardin ou sur la terasse, ou chacun ramène un plat.
Il n'y a pas souvent de grandes troupes theatre, ballet, qui s'égarent dans ce coin de la planète mais cette année Le Cirque du Soleil y est passé et aussi le Ballet de Sydney, mais pour la vie artistique locale, cela foisonne.
Les maisons sont mal fichues et mal isolées, et il y a un grand scandal quant aux maisons très mal construites dans les années 90, sujet aux fuites d'eau dés leur construction (leaky houses) mais les quartiers résidentiels sont pour la majeure partie calmes, vertes, fleuries et agréables. (La ville d'Auckland a seulement environ 14 000 appartements pour 1,4 millions d'habitants ; le reste ce sont des maisons)
Le clivage entre la classe moyenne et les catégories plus riches augmente, mais la société reste assez égalitaire.
Et puis, si un jour je repartais, je suis sûre que les douces expressions de la vie courante me manqueraient : nulle part ailleurs on vous appèlle dear ou love quand vous achetez votre pain, nulle part ailleurs je n'ai entendu 'That's allright Mate'... avec cette intonation maori ou samoane ou tongane venue du fond d'une douceur à nulle autre pareille (et souvent de la gorge d'un gars dont la taille le rendait digne de jouer chez les AllBlacks).
Et pourtant, je pense que j'aimerais retourner en Europe, mais ne me le demandez pas pourquoi.
Ou plutôt demandez-le moi, mais une autre fois.
13 mars 2007
Mythologie
Mes filles (*) croient dur comme fer que .. Il y a longtemps, bien longtemps (mais pas dans une galaxie lointaine ...)
Le Ciel Père, Ranginui, et la Terre Mère, Papatuanuku, vivaient dans une si intense étreinte que le moindre rayon de lumière ne pouvait les séparer. Ils avaient beaucoup d'enfants qui passaient leur temps coincés entre leurs parents, sans la moindre chance de voir la lumière.
Les enfants grandirent et commencèrent à imaginer comment ce serait de vivre dans la lumière. Après moultes délibérations, ils décidèrent de séparer leurs parents. Faire en sorte que Rangi s'éloigne et vive en dessus d'eux, alors que Papa resterait pour les nourrir.
Rongo, le dieu de la nourriture cultivée commenca à les pousser le premier, puis le dieu des mers, Tangaroa et son frère Haumia-tiketike, joignirent leurs efforts. Ils ne parvinrent pas de séparer leurs parents, jusqu'à ce que Tane, le dieu des forêts, se mit à pousser et pousser, et pousser. Il se coucha sur le dos et utilisa ses pieds pour repousser son Père, jusqu'à ce que, avec des cris de désarroi, Ranginui et Papatanuku se retrouvèrent séparés.
Cet ainsi que les enfants du Ciel et de la Terre eurent enfin de l'espace pour bouger et virent la lumière pour la première fois.
Mais Tawhirimatea, le dieu des vents, qui n'avait pas été d'accord avec la séparation, ne supporte pas les cris de ses parents, ni les larmes du Ciel Père et voue une éternelle guerre à ses frères. Désormais, ils devront compter avec sa colère. Il vole rejoindre Rangi et il répand ses propres enfants, les vents, vers les quatre points cardinaux. Les frères sont en guerre désormais et, au fil de cette guerre, ils se fâchent les uns avec les autres. Cette guerre profite à Tumataeunga, ou Tu, l'Humanité ou l'Homme, qui mange les enfants des uns, attrape les enfants des autres, utilise les enfants d'un troisième. Le seul que Tu ne peut pas vaincre c'est Tawhirimaea, dont les tempêtes et les ouragans attaquent toujours les enfants de Tu.
Tane, le dieu des forêts, qui avait jadis suggéré la séparation de ses parents, alors que d'autres frères avaient proposé de les tuer purement et simplement, trouve les étoiles et les offre à son père, le Ciel, pour le décorer. Rangi est enfin beau et Papa peut le contempler jour et nuit, mais ils pleurent toujours leur séparation.
Quand Rangi pleure, la pluie tombe pour montrer à la Terre Mère son amour; et parfois la Terre, Papa, commence à s'agiter et à bouger, essayant en vain de rejoindre Ranginui. Les brumes du matin, s'élevant des forêts, sont les soupirs de Papatuanuku, qui, loin du Père Ciel, continue de nourrir l'Humanité.
(*) Si l'histoire moderne du pays a moins de 250 ans et si les enfants finissent par passer leur bac (ou ce que tient ici place de baccalauréat) sur des sujets comme l'Angleterre des Tudors, la tradition Maori, est, au contraire, d'une immense richesse. A l'école, on raconte parfois aux enfants des légendes maori. Il y a quelques mois, leur sujet des sciences de la nature avait été, pour tout un trimestre, l'eau. Et dans ce contexte, les filles ont appris cette légendes de la création (et des phénomènes météorologiques). Je vous raconterai une autre fois ce qu'elles ont compris.
10 mars 2007
Automne
Cela fait deux jours que j'essaye de vous le dire: je ne me suis pas encore habituée au dérepèrage engendré par les saisons australes. Le début de l'automne, ici, avec les grillons qui jouent la sérénade en écho aux dernières cigales, avec la sécheresse de cette année et les jours encore si chauds, mais des journées qui raccourcissent de plus en plus vite, et voilà qu'à nouveau je me sens vivre dans un temps suspendu, détaché, comme on vit, en touriste, dans un pays étranger, les quelques jours de ses vacances.
Par ailleurs je ne suis pas loin de vouloir une antenne de télé. Un poste qui me permettrait de me sentir vivre en Nouvelle Zélande et pas dans 'un petit coin d'une grande ville ou il fait beau la plupart de l'année'. Le quotidien qui fait son apparition chaque matin dans ma boite aux lettres (et que j'arrive à feuilleter á peu près) ne semble pas me suffire pour prendre le pouls du pays. Et je n'ai pas le réflexe d'écouter la radio. D'où la saugrenue idée de la télévision : mais caser une télé, dans mes journées déjà trop courtes, j'aurai du mal.
Finalement, à me lire, il faut se demander si je ne vis pas dans un pays suspendu, dans un temps suspendu, ou les repères sont fluides et à géométrie variable. Et, au fait, je vous emberlicotte, mes pauvres lecteurs, quand j'aurais tout simplement du écrire que passer le 1er Mars sans l'espoir que la neige finira par fondre et sans les premiers bouquets de perce-neige, en régardant via le net les photos du printemps qui arrive, chez mes amies de up-there, m'a perturbé un chouilla.