31 janvier 2008
Vert et propre
Vivant dans la verte et propre Nouvelle Zeelande "clean and green NZ", j'ai du mal a comprendre que l'on s'interesse a ce que ne va pas cote environnement depuis moins de deux ans seulement.
Si - juste apres notre arrivee ici - j'osais dire que tout n'etait pas vraiment clean and green et que la Nouvelle Zeelande avait bien de la chance, puisque. avec ses habitudes, seule la tres faible densite de la population lui epargnait la pollution, on me regardait de travers.
En fait, il y avait deja une forte conscience ecologique chez beaucoup de kiwis, mais le slogan etait encore tres fort. Il y a un peu plus d'un an, 18 mois peut-etre, le sujet de l'ecologie est devenu very fashionable.
Il est dans tous les quotidiens, hebdos, et les gestes ecologiques sont in.
Pourtant, le kiwi lambda est contradictoire.
D'un cote, il recycle (ou peut recycler): on a 3 poubelles a la maison : dechets (ramasses ue efois par semaine, poubelle de 100 litres/maison ce que je trouve immense), poubelles emballages (bouteilles et berlingos, certains recipients en plastique, canettes mais pas emballages de yaourt et d'autres plastiques divers et varies) et poubelle verte pour les restes du jardin (sur abonnement, celle la). Pas de poubelle pour restes biologiques, comme en Suisse.
Les dechets papiers sont egalement ramasses une fois par semaine, avec les autres. Il faut seulement les mettre en bord de route.
On encourage les piles de compost (il y a des manuels sur le site web de chaque municipalite) et certaines municipalites ont, a la place des grosses poubelles a roulettes, des sacs de 50 litres, qui coutent 3 dollars et s'achettent au supermarche. C'est appliquer, a l'echelle domestique, le principe du polluer payeur.
On parle enormement de offsetting the carbon footprint ..acheter/faire des gestes ecologiques pour annuler l'effet des tonnes de carbon generees (desolee, je n'ai pas de vocabulaire francais, ...)
Et pourtant on fat, surtout dans la pauvre Ile du Sud, de l'elevage intensif - il y a 40 millions de moutons, pour 4 millions habitants. Il y a enormement de bovins sur l"Ile du nord, puisque les produits laitiers sont l'export no 1 du pays.
Ces fermes sur d'immenses etendues de paturages (chouette, les vaches vivent heureuses, en plein air) requierent de grands reseaux d'irrigations (deux etes avec des de secheresse... sur les 3 passes ici), insecticides et engrais pour cultiver la nourriture des ruminants.
Les dechets animaliers generent une pollution intense a l'azote (pensez a la Bretagne, mais remplacez les cochons avec moutons et vaches)... au point que dans certaines zones de l'Ile du Sud l'eau est devenue imbuvable.
Il y a 30 ans encore, l'agriculture etait mixte, les fermes etaient generalistes et cela permettait de garder un cycle complet des matieres, .. les dechets et excrements etaient utilises pour engraisser les champs, qui generaient du fourrage pour les animaux.
Alors, l'attitude envers l'environnement est, comme partout, contradictoire.
Tant que cela ne heurte pas les grosses industries du pays, il faut etre ecolo ... mais quand il s'agit de ces industries, on rale sur des choses secondaires, comme les pets des vaches qui produisent des tonnes de methane (authentique !..on y fait des recherches dessus).
Et les vaches, ce n'est pas le pire.
On a 2.5 vehicules par habitant... deuxieme pays apres les USA.
On a demantele le petit reseau feroviaire (alors que le pays, comme la Suisse, se preterait - de spar5 sa configuration geographique - a un systeme de transport des marchandises par voie ferree). Les transports publiques sont quasi-inexistants (puisque je ne conduis toujours pas, ne me demandez pas mon budget taxi !!). Le bus, pour parcourir les 3 kms qui separent la maison de l'ecole des filles, coute 1euro 60 pour un adulte et 1 euro par enfant. Les bagnoles de deuxieme main, importees de Japon, coutent pas grande chose (avec 1000 euros vous avez une voiture qui tient la route 4-5 ans). Il y a, sur les routes, des voitures avec plus de 300000 kms au compteur et tant qu'elles ne tombent pas en morceaux (lire passent un teste tous les 6 mois, personne s'y oppose.
Personne n'a entendu parler d'Euro 4 ; on commence a peine a mentionner la possibilite de tester les voitures pour le niveau des gas d'echappement qu'elles rejettent.
Et la encore, on a de la chance. La seule ville de taille importante (1.2 millions d'habitants, plus d'un tiers de la population du pays) est situe sur un isthme, entre deux oceans, ou les vents balaient la pollution routiere.
Il y aurait ici l'energie du soleil, a utiliser a discretion, avec le plus de 300 jours d'ensoleillement par an.
Les vents (mais ca ne plait pas, parce que les moulins sont inesthetiques)
Les marees.
L'eau des precipitations.
Ce sont les politiciens eclaires qui manquent.
Pourtant, ils ont des illuminations. Cela fait 20 ans que la Nouvelle Zelande s'oppose au nucleaire (et qu'on paye cher cette opposition - chapeau).
PS. Pure coincidence, cet article du NZ Herald que je decouvre apres avoir fini ce billet
16 janvier 2008
Une double perte
Le vendredi passe, un jour de vacances loin de la maison, au detour de la devanture d'une superette, je lisais la nouvelle, choquante par son cote mediatique/fait divers, d'un geant de ce pays, Sir Edmund Hillary, le premier homme a avoir grimpe jusqu'a sommet et redescendu de l'Evereste. Un geant de modestie, de simplicite, de dedication autant envers le peuple nepalais, qu'envers les jeunes de son premier pays, ou plein d'ecoles portent son nom.
Et aujourd'hui, de deux ans son cadet, s'est mouru Hone Tuware, le poete Maori de langue anglaise que meme nous, etrangers, avons appris a aimer.
Il y aura des funerails nationaux pour Sir Ed, mais comment le pays cellebrera-t-il la vie de celui qui - 36 ans plus tot - ecrivit:
I hate being stuck up here, glaciated, hard all over
and with my guts removed: my old lady is not going
to like it
?
Qu'Ils restent en paix et que leur oeuvre perdure a toute jamais.
Ce coin du monde est bien plus pauvre, depuis leur depart.
A la Une
A la Une des quotidiens, aujourd'hui, il y avait les visites des requins,
dans les eaux tres chaudes des plages de l'Ile du Nord, de Northland, le peninsula le plus chaud, jusqu'a Wellington, un des points les plus au sud et donc des plus frais.
Aucun accident n'est a deplorer mais les visites massives de ces belles betes de la mer sont sufisamment inhabituelles pour en faire parler.
Dans notre quotidien, il y a le renouvelelment de nos visas de travail et etude,s respectivement, qui m'ont sorti de cheveaux blancs; le retour de P. apres un sejour de deux mois en Allemagne, juste a temps pour feter Noel en famille, la visite de ma mere qui est d'une grande aide pour le quotidien des deux marmouzettes en vacances, une excursion d'une semaine a Nelson et un camp d'ete a Waihi, pour les deux miss et une grande-mere, la semaine prochaine.
Voila, voilou ...
31 décembre 2007
10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 ... Happy New Year !!
En Aotearoa, Terre du Long Nuage Blanc, nous serons les premiers a feter 2008.
Plus que 5 heures a attendre, avant de dire au revoir a l'annee qui passe, ce vieil an si rempli !
Ce n'est pas (encore) le temps des bilans, mais celui des voeux :
Bonne annee a vous tous, qui etes pres ou bien loin, qui vous rejouissez ou qui craignez un peu l'avenir, ceux qui partagez notre quotidien, et ceux qui nous manquez tant ou qui n'avez fait que passer par nos vies mais qui etes toujours dans nos souvenirs.
Une "Bonne annee !!" attendrie a vous toutes et vous tous !
Que votre annee 2008 soit faite de petits bonheurs, des grands succes, de belles reussites, des reves accomplis et de nouveaux reves a rever. Que le meilleur vous accompagne, que votre monde soit en paix et que les soucis - si soucis il doit en avoir - soient les trampolins de vos pas en avant.
Et a nous aussi, Bonne Annee !
03 novembre 2007
Samedi facon kiwi
Ce samedi, nous avons reussi enfin a sortir a la plage, et y passer un apres-midi tres kiwi.
Nous avons pris le ferry pour aller a Devonport, un village situe sur la presqu-ile de North Shore faisant face au centre-ville d'Auckland. Puis le bus pour quelques arrets, jusqu'a la plage qu'on voulait decouvrir. Au bout d'une heure, nous nous sommes retrouvees sur une fine bande de sable de pres d'un kilometre de long, que les filles ont parcouru en courant, pour s'installer a l'autre bout. Face a la plage, l'ile de Rangitoto avec son volcan que miss K. dessine souvent. Au fond de la plage, une colline elevee de peut etre 70m au dessus de la mer, le North Head.
La journee etait relativement fraiche, surtout a cause de la brise, mais bien agreable quand le soleil voulait bien montrer sa face.
Les filles ont enfile leurs combinaisons a manche et pamtalon courts en isoprene (certains sur la plage portaient des combinaisons type scafandre, recouvrant tout le corps) et ont patauge pour un peu plus d'une heure. Alors qu'il y avaient peut-etre une traintaine de personnes sur la plage, seulement 4-5 jeunes adultes et enfants se baignaient. Mais - selon mes pieds - la mer n'etait pas bien froide. Au bout d'une heure il a quand-meme bien fallu rhabiller les demoiselles, qui commencaient a tourner au violet. C'est toujours impressionant de les voir sortir de leur combinaison isolante et voir qu'en dessous de la ligne du 'pantalon' leurs pieds ont une legere teinte violacee.
La colline du North Head, ancien volcan qui a contribue a former la presqu'ile, maintenant bien erode, grimpait depuis la plage et exercait un evident attrait pour les puces. Nous avons decide de rentrer en la grimpant. Les filles se sont metamorphosees en vraies chamoix et j'ai eu toutes les peines du monde a les suivre.
Quand je leur avais propose de grimper sur "Mt Victoria" (si un cone volcanique de 85 metres merite le nom de Mount), l'autre volcan de Devonport, I. avec son habituelle politique de minimisation de l'effort, avait dit qu'elle n'avait aucune envie d'y grimper, que ca allait etre tres dur, et ainsi de suite. On se demande d'ou a-t-elle herite cette horreur a l'anticipation de l'effort physique.
Alors, quelle ne fut ma surprise quand, un quart d''heure apres le debut de notre mini-escalade, elle etait au sommet de North Head, a peine moins eleve que Mt Victoria.
Nous avons visite les emplacements des diverses bateriea de defence de la cote, avec leurs canons lourds (enfin, des morceaux) ou legers, quelques uns des postes renforces, fait le tour du sommet de la colline et ensuite descendu au village. La vue etait superbe, la mer d'un cote, la ville de l'autre, les autres ilots et iles dans le lointain.
Le ferry suivant se faisant attendre, notre mini randonnee d'une heure a fini avec frites et poisson, le fameux fish and chips.
A 8h30 on etait rentrees bien fatiguees, mais surtout pretes a grimper sur Mt Victoria, la prochaine fois.
Et aujourd'hui c'est la fete a la grenouille et - comme si ce n'etait pas sufisant pour me demoraliser - nos voisins ont entierement detruite - a l'excavateur - la haie qui separait le devant de notre maison de la leur, pour y semer de l'herbe,a ce qu'il parrait.
17 octobre 2007
Petite mise a jour
La vie continue son cours au pays des kiwis (ou on n'a toujours pas vu un seul kiwi vivant!) donc une petite mise a jour s'impose:
- l'hiver a ete doux, compare a celui de 2006. Le printemps est officiellement la et les nuits commencent a enfin etre douces.
- nous avons eu un trimestre bien difficile, de la mi-juin au debut octobre, grace surtout a mes horaires de travail absolument insoutenables sur le long terme. C'etait une situation exceptionnelle, puisque j'ai fait le travail de mon manager - partie en vacances - en plus du mien.
- P. avait je ne sais plus combien de papiers et chapitres de livre a finir, pendant ce temps, ce que n'a pas aide pour la logistique du quotidien.
- N. est retournee au Canada avec ses filles: sacre coup pour les miennes.
- les filles ont enfin eu la permission d'utiliser l'ordinateur; elle sont appris plein de choses et commence a surfer sur internet (sous stricte surveillance: pour l'instant seuls les jeux plus ou moins educatifs sont autorises), mais je suis surprise par leur vitesse d'apprentissage.
- debut octobre, les systemes devant etre bien fatigues, nous nous sommes offert le luxe de deux semaines de grippe (P. n'est toujours pas remis, par ailleurs, et j'accuse une grosse fatigue suite aux jours de fievre)
- ca nous a gache une des deux semaines des vacances de printemps (je revais de m'offrir toute une semaine avec les miss, suivant le retour de ma cheffe), mais nous avons quand-meme profite pour sortir un peu, les filles et moi. Nous avons vu deux films, Ratatouille et Surf's up (plus a leur sujet plus tard, peut-etre), avons nage a la piscine et et sommes allees visiter le Seafood Festival (catastrophique, cette idee)
- nous esperons retrouver un semblant de vie sociale apres les 4-5 mois de reclusion (dus a l'hiver et au travail)
- dimanche nous sommes allees jardiner, les filles et moi, chez la maitresse de ma grande princesse qui avait besoin d'un coup de main pour l'entretien de son jardin
- hier les deux princesses ont eu leur premiere visite chez le dentiste, pour traiter une carie chacune. Elles ont ete tres sages et courageuse et doivent retourner dans une semaine. Il faudra leur trouver un prix pour cela.
- encore hier, l"Ile du Sud a ete bien secouee par une serie de tremblements de terre, le plus serieux de 6.7 sur l'echelle de Richter, a ete a 25kms de profondeur. A Dunedin ma soeur a bien senti une replique de 6.2 degres sur l'echelle de Richter, mais qui avait eu lieu a plus faible profondeur: 5 kms seulement.
- et finalement, je me suis decidee a enfin autoriser une vraie tele dans la maison, puisque le lecteurs DVD et VHS de notre vielle petite Radiola avaient rendu l'ame apres 8 ans de bons et loyaux services.
A suivre.
13 avril 2007
11,1 kms en 2h15
Le mercredi passé j'ai enregistré un nouveau record : 11,1 kms en 2h15. Ce n'est ni à la nage, ni aux pieds, ni en vélo, ni en patins à roulettes. C'est la durée du parcours maison travail et retour, en transports publiques aucklandais - lire en bus directe, sans chamgements ou corespondances à attendre ! La prochaine fois je prends la trotinette !
10 avril 2007
Vivre en français
J'habite ailleurs. Depuis toujours, je suis une expatriée.
Je suis née dans un petit village, prés de la maison de mes grands-parents
maternels. Alors que ma mère retourne à la grande ville pour finir ses études, je reste avec eux.
Quand à 4 ans et demis j'ai quitté la maison et le village de mes grands parents, ce fût mon premier grand
départ, la rencontre avec la grande ville et un mode de vie autrement agité et bien moins riche, la première expatriation, les premières peines.
J'ai le souvenir des flâneries - que les adultes appréciaient moyennement - pour parcourir les quelques 2 kilomètres et demi qui séparaient le jardin d'enfants de la maison. J'observais, je rêvais, je bavardais parfois avec les passants. La grande ville était différente du petit village où j'avais vu le jour, mais elle était
encore sûre pour une fillette de 5 ans, à cette époque-là. Je n'avais pas beaucoup d'amis mais je restais
liée surtout au village de ma vie au paradis, où je retournais pour toutes les vacances, pour chaque Noël, dès que mes parents avaient l'occasion de prendre le train et parcourir (en 4-5 heures) les 148 kms.
Les liaisons étaient si profondes que je cauchemardais énormément sur la mort de mes grands-parents. J'en cauchemarde encore. Et pourtant...
Vers mes 6 ans, mes parents ont mis en route un projet d'expatriation au Maroc ou en Algérie, en
tant que coopérants. Mon père nous a parlé de notre futur voyage, d'un arrêt à Venise. Pourtant, à la veille de la rentrée scolaire, ma grande-mère m'a inscrite à l'école du cartier. Mes parents étaient partis dans la
capitale et ma grande-mère était venue nous garder. On était censés partir dans les semaines à venir et pauvre Mamie se lamentait que 'plus jamais elle nous reverra'.
Je ne me souviens plus si cette inscription à l'école m'a mise la puce à l'oreille, mais quelques jours
plus tard nous avons, de toute façon, appris la vérité : on ne partait plus. Officiellement, parce que les maisons 'la bas' (il me semble que ce là-bas se nommait Constantine) n'avaient pas de chauffage central.
En réalité, parce que le parti avait demandé aux futurs coopérants d'espionner sur les coopérants déjà en place.
Je suis, très probablement, restée avec la nostalgie de ce voyage raté, qui aurait pu me briser le coeur, s'il avait eu lieu. Ne plus voir mes grands-parents ...
Au fils des ans d'autres sont partis, ont choisi la liberté, comme disait mon père. À la fin de leur contrat au Maghreb, alors qu'il étaient censés rentrer, ils se sont tournés vers la France ou le Canada. Je leurs disais au revoir.. On avait de leurs nouvelles pour un bout du temps, puis plus rien.
Chez mes grands-parents, on écoutait, les nuits d'hiver, la lumière éteinte, radio Europe Libre, Deutsche Welle et Radio France International, sur un vieux poste qu'il fallait régler en permanence. On rêvait de la
liberté de parole.
Sur nous, le Mur c'était refermé plus étroitement que sur d'autres (nos connaissances sortaient dans les autres pays du bloc communiste) probablement grâce aux divers refus de mes parents, peu enclins à 'collaborer'.
Vers mes 14-15 ans, mon père avait été invité comme mains speaker à deux congrès internationaux, dans sa
discipline. On ne lui a pas délivré un passeport.
A 16 ans, une proche voisine part en Autriche avec sa mère et y reste. Nos parents se connaissaient, on se croisait de temps en temps et je me réjouissait d'être bientôt dans la même classe qu'elle, à mon nouveau lycée. Nous avons de ses nouvelles, de diverses façons. Elle réussi parfaitement à l'école, malgré son manque initial de notions d'allemand. Elle doit aussi travailler pour vivre, côte à côte avec formidable bout de bonne
femme qu'est sa mère. De loin, je l(es)' admire. Nous nous écrivons de temps en temps et elle aussi me fait rêver de liberté. (Elle a fini par faire de brillantes études internationales à Ottawa et par travailler à Washington).
A 18 ans, mon amie des dernières années de lycée part en Suède, sans laisser d'adresse. Cela fait très peu de temps que j'ai renoncé à faire de recherches sur Internet, pour la retrouver.
Le Mur est tombé. Je suis étudiante. Je n'ai pas assez de confiance en moi-même pour tenter
les grands testes-filtres américains: SAT, TOEFEL, etc. Ma fac ne me plaît pas, je n'ai pas d'ordinateur et cela me frustre, que de me battre pour l'accès à une machine .. je m'y ennuie et je vais de moins en
moins en cours. Je termine mes études avec un bon mémoire et avec une très bonne moyenne, pas entièrement méritée.
Pendant les mois finals, je travaille dur. Je suis admise à l'école d'été d'un programme doctoral américain, en économie, qui avait lieu à Prague. Je passe avec brio, deux par deux, en jours consécutifs, mes examens de fin d'études. Je rate la grande fête qui s'en suit. J'ai un départ à organiser.
Quelques jours plus tard, je saute dans le train. Mon premier voyage à l'étranger, seule. Avant cela, j'étais allée deux fois en Hongrie où - étrangement - je me suis sentie comme à la maison, une fois en Turquie et deux-trois autres fois en Russie.
À Prague, je déprime. Je me sens horriblement seule, alors que bien-sûr la ville est superbe en été (bien froide quand-même). Je quitte la cité étudiante où je n'y trouve ni ma place, ni assez d'intimité, malgré une
très charmante collègue de chambre, et je m'en vais vivre à la périphérie de la ville, chez une petite pensionnaire. Des copains vont en Italie, j'y vais aussi, sans visa.
Deux mois plus tard je passe avec peine mes examens de fin de trimestre et je suis atterrée de découvrir que j'ai été jugée pas assez motivée pour rester dans le programme. (Rien de plus vrai, par ailleurs). Je dois rentrer. Je commençais enfin à m'y faire, à cette vie loin de la maison. D'autres collègues, avec des moyennes plus basses, sont sélectionnes et restent à Prague. Les copains me proposent de rester et y trouver un travail mais je n'ai plus un centime. Je quémande, dans un tchèque très approximatif, une extension de mon billet de train retour, déjà expiré, auprès d'un gentil monsieur de la
gare internationale et au bout d'un voyage de 17 heures, je suis rentrée.
Je trouve un travail comme prof dans un bon lycée de la vile et m'inscris dans un master d'études européennes. J'habite chez mes parents, garde mon salaire, en hiver je vais au travail en taxi et
suis la meilleure de ma classe de master. Cela ne sert à rien. Six mois plus tard, je laisse tout tomber et pars en France, après avoir réglé toutes les formalités (dont deux visas et un voyage aller-retour à la
capitale) en trois jours.
Je travaille dans une équipe de recherche dont le projet n'est pas clair, mais j'ai enfin réussi à
quitter le bloc ex-communiste. Le choque culturel est immense, mais le fait que les autres membres de l'équipe sont - pour la plupart- étrangers aide un peu. Après un bref arrêt de 4 ans, les années suivantes me voient encore changer du pays. Une fois, deux fois, trois fois.
Cela fait plus de 10 ans que j'habite le français, comme si j'habitais un pays étranger. Cette langue m'a suivie
à l'autre bout du monde, mais je me demande si je ne la garde, inconsciemment, comme une façon de marquer ma perpetuelle expatriation.
16 mars 2007
Ici ou ailleurs ..
Plus que deux semaines et demi avant les vacances d'automne, pour les filles et pour leur papa. J'ai hâte d'y être : à peine dans la rythme scolaire et nous sommes déjà fatigués. Pendant trois semaines P. a eu la visite d'un collégue venu d'Europe et - alors qu'ils ont été très contents de travailler ensemble - cela a signifié un effort supplémentaire pour tous, vue la courte durée de la visite.
Les nuits commencent à refroidir (bientôt ce sera le retour des nuits sous deux couettes) mais les journées sont encore superbes. A part l'orage avec vents à 120 km/h d'avant hier. Drôle d'orage par ailleurs, il a duré de 3h de l'après-midi à 8h du soir, et parfois le soleil brillait, alors que le vent soufflait à déraciner les arbustes.. Les filles ont accueilli avec joie le premier arc-en-ciel de l'automne. Fin de bulletin météo.
Au fait, je n'ai pas grande chose à dire, à part mes intérrogations quant au futur plus ou moins proche. D'une certaine facon je commence à me sentir en adéquation avec ce pays et avec le style de vie aucklandais. Un message, ce matin, de la part d'une cyberamie neuchâteloise, ex-expat (comme elle se définit), s'ést rajouté aux refléxions liées au retour au pays d'une autre grande amie, après cinq ans de vie américaine, pour me laisse songeuse.
Au bout de combien de temps on commence à prendre racine et ne plus envisager sérieusement de repartir ? Serait-il possible de se reintégrer en Europe, après avoir savouré la facon de faire kiwi, mélange de douceur insulaire et de manque de formalisme, typiquement anglo-saxonne ? Les filles parviendraient-elles à adopter des codes sociaux nouveaux en oubliant la spontanneité qui leur est permise ici (combien de fois elles ont oublié de mettre leurs sandalettes pour l'école, cet été... ?). Saurons-nous encore rentrer dans le moule européen (continental), ou l'intiative doit être accompagnée par mille politesses envers ses collégues afin de ne pas blesser personne ? Saurons-nous encore accepter les critiques non-constructives, faite sans humoiur et le regard dur? Le regard critique de l'autre qui se pose sur toi juste pour juger, pour classer, pour repertorier dans un insectaire?
Et puis, a-t-on vraiment envie de retourner dans un endroit ou, comme le racontait ce matin ma copine de Neuch, il y a de rixes et bagarres de rue en plein centre-ville, alors que nos souvenirs d'il y a moins de quatre ans sont ceux d'une ville on en peut plus tranquille (OK. d'accord, on habitait près de la gare et on entendait notre part de bagarres, même alors).
Ici, les crimes et les accidents font encore la une des journaux (à mon grand désespoir par ailleurs) et les rixes sont limitées à certains quartiers chauds.
Les problèmes y sont foule mais ne sautent pas à la figure de facon si évidente que dans nos anciens pays d'accueil européens.
L'école est loin d'être parfaite quant aux curriculum mais elle est très respectueuse de l'enfant et heureuse de faire en sorte que les parents participent à l'enseignement.
Le gouvernement fait bourde sur bourde sur le plan social et l'économie semble dirigée par une bande de chimpanzés (il y a qu'a regarder le taux d'emprunt bancaire, pour l'achat d'une maison, qui est regenté par la banque nationale et quo est repsonsable de la croissance catastrophale du prix de l'immobilier ; ou alors le manque de développement de l'infrastructure, alors que l'argent percu a travers toute sortes de taxes n'est pas dépensé) mais la croissance est là et le chômage est minimum.
Les hôpitaux ont de gros retards dans le traitement des pathologies jugées non-urgentes (ce qui est un scandale) et de terribles listes d'attentes pour les radiothérapies, mais l'accéss aux soins hospitaliers est gratuit pour tous les résidents.
Il y a peu de congés (les congés annules de 4 semaines deviendront obligatoires à partir d'avril) mais les kiwis sortent en ballade, picnic, randonnée, camping, participer à un championnat sportif, ou alors au surf, plage, ... quasiment chaque fin de semaine.
Il n'y a pas de cuisine de haut niveau mais tout le monde est heureux de se retrouver autour d'un barbecue au jardin ou sur la terasse, ou chacun ramène un plat.
Il n'y a pas souvent de grandes troupes theatre, ballet, qui s'égarent dans ce coin de la planète mais cette année Le Cirque du Soleil y est passé et aussi le Ballet de Sydney, mais pour la vie artistique locale, cela foisonne.
Les maisons sont mal fichues et mal isolées, et il y a un grand scandal quant aux maisons très mal construites dans les années 90, sujet aux fuites d'eau dés leur construction (leaky houses) mais les quartiers résidentiels sont pour la majeure partie calmes, vertes, fleuries et agréables. (La ville d'Auckland a seulement environ 14 000 appartements pour 1,4 millions d'habitants ; le reste ce sont des maisons)
Le clivage entre la classe moyenne et les catégories plus riches augmente, mais la société reste assez égalitaire.
Et puis, si un jour je repartais, je suis sûre que les douces expressions de la vie courante me manqueraient : nulle part ailleurs on vous appèlle dear ou love quand vous achetez votre pain, nulle part ailleurs je n'ai entendu 'That's allright Mate'... avec cette intonation maori ou samoane ou tongane venue du fond d'une douceur à nulle autre pareille (et souvent de la gorge d'un gars dont la taille le rendait digne de jouer chez les AllBlacks).
Et pourtant, je pense que j'aimerais retourner en Europe, mais ne me le demandez pas pourquoi.
Ou plutôt demandez-le moi, mais une autre fois.
13 mars 2007
Mythologie
Mes filles (*) croient dur comme fer que .. Il y a longtemps, bien longtemps (mais pas dans une galaxie lointaine ...)
Le Ciel Père, Ranginui, et la Terre Mère, Papatuanuku, vivaient dans une si intense étreinte que le moindre rayon de lumière ne pouvait les séparer. Ils avaient beaucoup d'enfants qui passaient leur temps coincés entre leurs parents, sans la moindre chance de voir la lumière.
Les enfants grandirent et commencèrent à imaginer comment ce serait de vivre dans la lumière. Après moultes délibérations, ils décidèrent de séparer leurs parents. Faire en sorte que Rangi s'éloigne et vive en dessus d'eux, alors que Papa resterait pour les nourrir.
Rongo, le dieu de la nourriture cultivée commenca à les pousser le premier, puis le dieu des mers, Tangaroa et son frère Haumia-tiketike, joignirent leurs efforts. Ils ne parvinrent pas de séparer leurs parents, jusqu'à ce que Tane, le dieu des forêts, se mit à pousser et pousser, et pousser. Il se coucha sur le dos et utilisa ses pieds pour repousser son Père, jusqu'à ce que, avec des cris de désarroi, Ranginui et Papatanuku se retrouvèrent séparés.
Cet ainsi que les enfants du Ciel et de la Terre eurent enfin de l'espace pour bouger et virent la lumière pour la première fois.
Mais Tawhirimatea, le dieu des vents, qui n'avait pas été d'accord avec la séparation, ne supporte pas les cris de ses parents, ni les larmes du Ciel Père et voue une éternelle guerre à ses frères. Désormais, ils devront compter avec sa colère. Il vole rejoindre Rangi et il répand ses propres enfants, les vents, vers les quatre points cardinaux. Les frères sont en guerre désormais et, au fil de cette guerre, ils se fâchent les uns avec les autres. Cette guerre profite à Tumataeunga, ou Tu, l'Humanité ou l'Homme, qui mange les enfants des uns, attrape les enfants des autres, utilise les enfants d'un troisième. Le seul que Tu ne peut pas vaincre c'est Tawhirimaea, dont les tempêtes et les ouragans attaquent toujours les enfants de Tu.
Tane, le dieu des forêts, qui avait jadis suggéré la séparation de ses parents, alors que d'autres frères avaient proposé de les tuer purement et simplement, trouve les étoiles et les offre à son père, le Ciel, pour le décorer. Rangi est enfin beau et Papa peut le contempler jour et nuit, mais ils pleurent toujours leur séparation.
Quand Rangi pleure, la pluie tombe pour montrer à la Terre Mère son amour; et parfois la Terre, Papa, commence à s'agiter et à bouger, essayant en vain de rejoindre Ranginui. Les brumes du matin, s'élevant des forêts, sont les soupirs de Papatuanuku, qui, loin du Père Ciel, continue de nourrir l'Humanité.
(*) Si l'histoire moderne du pays a moins de 250 ans et si les enfants finissent par passer leur bac (ou ce que tient ici place de baccalauréat) sur des sujets comme l'Angleterre des Tudors, la tradition Maori, est, au contraire, d'une immense richesse. A l'école, on raconte parfois aux enfants des légendes maori. Il y a quelques mois, leur sujet des sciences de la nature avait été, pour tout un trimestre, l'eau. Et dans ce contexte, les filles ont appris cette légendes de la création (et des phénomènes météorologiques). Je vous raconterai une autre fois ce qu'elles ont compris.